
Le service a été mis sur pied en octobre 1985, à l'initiative du service de Santé Mentale (S.S.M.) « Le Grès » à Auderghem, par une convention passée avec la Communauté française portant sur un « projet de recherche-action sur les prestations d'intérêt général ». Cette convention fut l'aboutissement d'une réflexion menée au sein du S.S.M. par les psychiatres et psychologues qui étaient chargés par le tribunal de la jeunesse d'expertises médico-psychologiques. Avant cela, une journée d'études avait été organisée conjointement par des juges, des membres du service social du tribunal, des scientifiques, des membres du Grès, ainsi que des personnes qui à l'époque portaient à Liège et à Charleroi le même intérêt pour la mise en oeuvre de cette mesure.
La rencontre de jeunes et de parents dans le cadre d'expertises conduisait notamment à limiter les situations où une prise en compte de difficultés de santé mentale semblait rigoureusement nécessaire ou opportune. Dans le même temps, cette pratique conduisait aussi à nuancer l'appréhension protectionnelle de la situation de certains jeunes. En outre, cette décision permettait que la mesure du juge soit un relais de l'autorité parentale à l'égard du jeune délinquant dans son milieu de vie.
Un entre-deux s'était ainsi fait jour, pour des situations dans lesquelles le juge manquait d'une réponse adéquate : un placement ne se justifiait pas et une admonestation était trop courte. Ces constats trouvaient aussi un relais dans le fait qu'il semblait logique et temps par rapport à la réalité de l'adolescence aujourd'hui, de reconsidérer avec nuance les limites de la responsabilité propre au jeune du fait de l'acte qu'il avait commis.
La loi du 8/04/1965 comportait l'article 37/2b qui, comme le 2c à propos de « l'orientation éducative », était en somme resté lettre morte. La pratique isolée d'un juge (Mr SLAGMUYLDER) avait été inscrite dans la loi par le législateur, sans connaître en effet d'application concrète.
D'emblée s'est imposée la perception de cette mesure comme d'une action oeuvrant à l'intérêt général. L'idée d'apporter sa contribution positive et constructive, après un acte à caractère destructif, à la communauté dont on a transgressé une règle de vie en société, semble aller de soi. Elle s'inscrit aussi fort bien dans le trajet adolescent : grandir, prendre conscience de ses capacités, retrouver une place dans le social, se séparer de références exclusivement parentales et familiales, articuler les lois familiales, culturelles et sociales dans une symbolisation de la notion de Loi, se projeter dans le monde et l'avenir en tant que personne, prendre conscience de son autonomie et en assumer sa part de responsabilité, prendre la mesure réellement de certaines limites. Autant d'aspects que rencontre la prestation d'intérêt général dans sa mise en oeuvre. La première version écrite et complète du Projet pédagogique date de juin 1986.
Il s'agissait d'un projet de recherche-action, donc rédigé en ce sens. Nous avons bénéficié de l'appui d'une réflexion scientifique, en particulier celle du Département de Criminologie de l'U.C.L. Une commission scientifique a également été constituée par le service lui-même, qui regroupait des scientifiques de diverses universités, des membres de l'Administration de l'Aide à la Jeunesse, ainsi que des particuliers ayant des compétences spécifiques qui pouvaient nous orienter.
L'objectif décrit pour la prestation était de se demander « comment sanctionner un délit et apporter au jeune une aide compréhensive (...) et le confronter à la réalité et aux conséquences de l'acte. ». L'idée pédagogique était empreinte d'un souhait de s'écarter d'une visée purement protectionnelle du jeune délinquant, c'est-à-dire d'une visée qui avait tendance à le considérer comme victime sans égard pour sa propre responsabilité, liée aux nécessités d'affirmation et d'autonomie dont est animée l'adolescence.
Dès 1987, Le Radian s'investit dans le secteur de l'aide à la jeunesse et participe à la rédaction des premiers statuts de la FEMMO (Fédérations des Equipes Mandatées en Milieu Ouvert) dont il est membre depuis.
En décembre 1987, un Arrêté ministériel de la Communauté française a institué la mise sur pied d'un S.P.E.P. par arrondissement judiciaire, il a fixé le cadre du service à la mission et aux moyens qui sont les siens actuellement (ce qui a entraîné l'agrément du service moyennant quelques modifications par rapport à la Convention de départ, en particulier la présence d'un médecin qui s'était révélée inutile).
En juillet 1989, le service a fait le pas de se rattacher exclusivement au secteur de l'Aide à la Jeunesse en s'organisant en a.s.b.l. autonome.
En mars 1992, un colloque à Charleroi s'est organisé à l'initiative de la FEMMO sur « la prestation éducative et la délinquance des jeunes ». Ce colloque faisait l'état de certaines pratiques dans l'organisation des prestations sur le terrain. Les Actes ont été publiés dans le MLO d'avril 1992 (n°4).
En 1993, une vidéo de présentation de la mesure a été réalisée en collaboration avec les deux autres S.PE.P. bruxellois. Jusqu'en 1997, le service a occupé les mêmes locaux puis a déménagé dans un lieu mieux situé, tout en restant sur le territoire de la commune de Schaerbeek.
Ce premier remaniement suit deux supervisions (Chapelle-aux-Champs et Maryse Vaillant) sans y avoir été lié explicitement. Il semblait que le projet d'origine, sans être pour autant en contradiction avec la pratique, ne rendait pas compte d'une série d'éléments théoriques ayant acquis valeur de référence au fil des années, telles que les notions de don ou de sanction par exemple.
Il avait aussi semblé nécessaire de lui joindre l'évaluation de l'organisme et celle du jeune mais aussi un descriptif du « schéma d'intervention », lequel s'était relativement stabilisé après de nombreux tâtonnements au fil des années. Citons pour mémoire la question des dix pourcents de temps de prestation consacrés aux entretiens qui peu à peu ont été sortis du nombre d'heures imparties pour en quelque sorte venir s'ajouter au temps à prester.
Les notions pédagogiques développées dans ce projet sont :
Le point de départ de son remaniement a été lié explicitement cette fois à l'organisation d'une supervision (Synergie, M-Cl. Lacroix). Elle avait deux objectifs annoncés :
Une modification précisant le lien avec le milieu familial s'y est ajoutée chemin faisant, qui traduit une préoccupation plus affirmée de l'y impliquer aujourd'hui.
La loi réformée par les lois du 15 mai et du 13 juin 2006 ainsi que l’arrêté cadrant notre agrément ayant introduit la médiation, d’une part, mission déjà pratiquée par notre service, et d’autre part, la concertation restauratrice en groupe, jamais pratiquée par notre service, nous avons introduit une nouvelle demande d’agrément intégrant ces modifications.
La loi réformée prévoit plusieurs types de prestations, dont les principes sont différents de la prestation éducative et d’intérêt général : la prestation rémunérée, la participation à des modules de sensibilisation, la participation à des activités, la réalisation d’une prestation positive. Aucun service de la Communauté française n’est agréé à ce jour pour mettre en pratique ces nouvelles mesures. Le cas échéant, nous participerons à une réflexion à ce sujet.