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Le Radian asbl

Le Radian a 20 ans

Dernières nouvelles | Introduction | Médiation | Prestation

Introduction

1. « Une idée est arrivée dans le paysage ! Elle a été accueillie par tout le monde comme une évidence. »

Ca fait un peu annonce d'une naissance. Cette idée qui est arrivée dans le champ de la Protection de la jeunesse, a eu pour elle de venir sous une bonne étoile. L'heureux événement était également, pour plusieurs d'entre nous, de se voir engagés pour concrétiser l'idée. Cela se passa sous la houlette d'une psychologue et d'une jeune assistante en psychiatrie. Tournant dans nos vies, tournant dans le secteur, c'est souvent de l'extérieur que vient le nouveau. Ce fut la seconde chance de ce projet. Décidément, le ciel était bien luné.

Nous voilà en piste ! Quelques mois de préparation. Les juges acceptent de nous rencontrer. Vous imaginez l'importance de l'événement. Il fallait faire vite. C'était comme l'acte de naissance, puisqu'on n'imaginait pas de se présenter devant eux sans avoir de nom. On trouva Le Radian, qui ne veut rien dire, ou alors quelque chose de trop compliqué, qui n'a rien à voir, justement peut-être pensaient certains. Mais on avait un nom, on existait !

Mise en place. On part tous azimuts dans Bruxelles pour trouver des organismes. Certains d'entre nous plus que d'autres. On se voulait tous égaux, mais déjà il y avait des différences. Qu'importe, la foi déplace des montagnes. Puis on a trouvé un lieu, maison bourgeoise, rue tranquille. Etait-ce pour changer les jeunes de leur quotidien ? Nous, on s'y sentait bien. Mais on attendait toujours le premier jeune. On a essayé des jeux de rôle, entre nous, pour tenter de voir comment cela se passerait. Au premier que j'ai fait, déjà dans mon rôle, mon collègue qui faisait le jeune me dit que ce qu'il avait fait ne me regardait pas ! Macaron ! On avait bien fait de décider de s'y mettre à deux. On ne sait jamais. Rencontres avec d'autres services, déjà un peu plus au fait. Six mois ainsi à ronger comme on pouvait notre frein. On se serait battu quand le premier est arrivé. C'était au début des vacances scolaires de Pâques 1986.

2. Ce projet d'apporter une réponse éducative, alternative à un placement, concrète, sanctionnant positivement des délits commis par des jeunes, nous l'avons investie, avec nos idées à chacun, nos idéaux sur le cheminement de l'adolescence, l'autonomie, la responsabilité, le droit de choisir, celui de se faire entendre, l'envie de se découvrir et de réaliser des choses. Notre emblème était l'outil ! Nous étions moins préoccupés par leur famille. Cela a un peu changé depuis.

« C'est mieux de pouvoir réparer sa faute que d'être placé ! » C'est pas grand chose dit comme ça. Cette idée, chacun la pense à sa façon, à coup sûr différemment selon qu'il est adolescent ou qu'il est adulte. Mais justement, cette dissymétrie fait la rencontre, où de l'inattendu peut peut-être se passer.

« C'est une chance que m'a laissée le juge. » Peut-être même est-ce une chance qui lui a été donnée, de transformer des regrets en désir, d'ouvrir ce qui s'est fermé en lui, pour retrouver le goût, reprendre confiance, voir un chemin, trouver une place, sentir l'avenir.

On peut vous dire, aujourd'hui que l'expérience nous a rendus plus prudents, que l'on ne voyait quasiment plus quelle autre mesure éducative aurait pu répondre à la délinquance ! Mais cette idée résiste, quand même ! Définir ses limites reste difficile.

Ainsi pendant quelques années nous avons mis sur pied notre discours, défini notre identité, cherché nos références théoriques. On a lu, débattu, rencontré, discuté, filmé, scénarisé, montré, expliqué, vanté, défendu. Nous écrivions aussi. L'Université s'est intéressée à notre initiative, décidant de nous accompagner pendant le temps d'une évaluation scientifique.

Nous nous fédérions aussi avec d'autres qui, comme nous, promouvaient les idées du milieu ouvert dans le champ judiciaire.

3. Placé par notre histoire au carrefour entre la Santé Mentale et l'Aide à la Jeunesse, c'est sous le pas décidé d'une jeune juriste que nous avons tranché le lien ombilical. Une ASBL était créée. Avons-nous pour autant perdu ou renié ce point de départ ? Un débat de toujours.

En 1991, est arrivé le décret de l'Aide à la Jeunesse. Plusieurs d'entre nous furent impliqués dans son élaboration, mais nous ne nous sentions pas franchement concernés dans notre travail quotidien.

Cependant, la philosophie de ce Décret oeuvrait peut-être souterrainement dans ce qui allait déboucher sur la médiation, cet espoir que les gens prennent leur situation eux-mêmes en mains, et autant que faire se peut hors du judiciaire. Un projet fut écrit et proposé, en 1994, sous l'impulsion cette fois d'une jeune criminologue. Ayant connu bien des soubresauts, il a cependant réussi à donner lieu à une seconde équipe, appelée Espace Médiation.

4. Cet anniversaire est celui de notre service et de tout ce qui l'a constitué. Bien entendu, c'est une équipe, ou des équipes. En vingt ans, il y en a eu du passage… chez les jeunes, et chez les intervenants ! Cela apporte des questions sur la transmission, sur comment faire du neuf à partir de ce que l'on a reçu ou, plus simplement, entendu des plus vieux.

Mais « Le Radian », imaginez de l'entendre sans le connecter à la représentation qui vous vient à l'esprit. Il renvoie alors à la rencontre d'une foule de réalités sociales, de savoirs, de projets et d'idéologies, d'institutions et de services surtout qui y collaborent, sans lesquels rien de cela n'existerait. Cet anniversaire, nous aimerions le placer sous le signe d'un merci à tous ceux qui ont contribué à ce qu'il puisse être fêté.

5. Nous avons proposé à Abraham FRANSSSEN, sociologue et enseignant aux Facultés Saint-Louis, et à Antoine MASSON, psychiatre et enseignant en Criminologie à l'UCL, de porter un regard critique sur le champ dans lequel nous travaillons, et de partager leurs idées avec nous tous. Il nous a semblé que c'était une façon de placer aussi notre anniversaire sous le signe de ce qui par delà Le Radian nous rassemble. Dans ce but, ils ont accepté de venir par deux fois entendre nos réflexions en réunions d'équipe, afin de tenter d'y nouer des questions sur l'adolescence d'aujourd'hui, et sur la façon dont le social appréhende la délinquance. Nous les découvrirons avec vous. Et nous les remercions chaleureusement d'avoir accepté.

Avant cela, deux de mes collègues ont proposé de les introduire en vous présentant deux courtes vignettes de leur travail.

Notre idée avec ce petit programme n'est pas d'ouvrir un débat. Mais si quelqu'un souhaite dire quelque chose, il sera évidemment le bienvenu.

Ensuite, nous prendrons l'apéritif, et vous convierons, avec l'aide de Monsieur Clément, à quelques bouffonneries.

Nous cédons donc tout de suite la parole à Christine et à Jérôme.

 

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